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Les collections d’histoire naturelle permettent des avancées en parasitologie

En comparant d’anciens spécimens de poissons provenant des collections du Musée royal de l’Afrique centrale à des poissons récents, des chercheurs belges, congolais et français ont pu montré que l’introduction du Tilapia du Nil dans le bassin du Congo s’était accompagnée de celle de huit espèces de parasites. Et trois de ces parasites s’attaquent aujourd’hui à des espèces de poissons indigènes. Ce qui a un impact sur la pêche et l’aquaculture.

Le bassin du Congo abrite la plus grande diversité de poissons d’Afrique. Environ 1000 espèces vivent dans cette région, dont 65 % sont endémiques.

Les poissons revêtent également une grande importance économique en raison de la pêche et de l’aquaculture, qui fournissent au moins 30 % de l’apport en protéines animales de la population de cette région.

Les tilapias en constituent une partie majeure. Entre 2000 et 2015, la production de tilapias a quintuplé, passant à plus de 5 millions de tonnes par an, et elle est aujourd’hui pratiquée dans 140 pays.

En Afrique subsaharienne, le Tilapia du Nil (Oreochromis niloticus) et ses hybrides représentent plus de 75 % de la production de tilapias. Cette espèce s’adapte facilement à de nouveaux environnements, ce qui explique sa popularité en aquaculture.

Mais son adaptabilité en fait également une espèce hautement invasive. Ainsi, dans le lac Victoria, l’espèce de tilapia indigène, Oreochromis esculentus, a été décimée en à peine 30 ans suite à l’introduction du Tilapia du Nil.

Une des conséquences de l’introduction de nouvelles espèces est qu’elles n’arrivent généralement pas seules. En effet, un poisson introduit dans un nouvel habitat ramène avec lui ses parasites.

Dans certains cas, ces parasites peuvent infecter les poissons indigènes. L’inverse peut également se produire : les parasites des poissons indigènes peuvent s’attaquer aux espèces introduites.

Une équipe de chercheurs belges, congolais et français a investigué ces « sauts d’espèces » chez différents plathelminthes monogènes, des vers parasites microscopiques qui vivent dans les branchies des poissons.

Toutefois, relativement peu d’études ont été réalisées sur ces parasites en Afrique subsaharienne et les premières introductions de tilapias remontent à la fin des années 1940.

Comment dès lors savoir si les plathelminthes que l’on retrouve sur les poissons d’une certaine région sont indigènes, ou s’ils ont été introduits en même temps que le Tilapia du Nil ?

Les collections d’histoire naturelle conservées dans les musées abritent des spécimens parfois vieux de plus de 100 ans. Elles constituent ainsi des témoins d’environnements passés.

« Les collections du Musée royal de l’Afrique centrale abritent de nombreux spécimens de tilapias qui ont été récoltés avant les premières introductions pour la pêche ou l’aquaculture », explique Michiel Jorissen, doctorant à l’Université de Hasselt et au Musée royal de l’Afrique centrale qui a mené l’étude. « Lorsqu’on regarde de plus près les branchies de ces poissons, les parasites qui y vivaient à l’époque sont toujours là ».
« En comparant les parasites retrouvés sur les anciens spécimens de poissons à ceux retrouvés sur des spécimens récents, nous avons donc pu retracer l’historique des invasions de parasites ».

Les chercheurs ont ainsi démontré que le Tilapia du Nil a introduit huit espèces de plathelminthes dans le bassin du Congo. Parmi ces huit espèces, trois s’attaquent aujourd’hui à des espèces de poissons indigènes.
L’inverse s’est produit chez le Tilapia à poitrine rouge (Coptodon rendalli), une espèce introduite dans le Bas-Congo. Les parasites de ce poisson ont complètement été remplacés par des espèces qui infectent les tilapias indigènes.

« On sait que la co-introduction et la transmission de parasites (ou pathogènes) à d’autres espèces peuvent être sans conséquences graves, tout comme elles peuvent être désastreuses », explique Michiel Jorissen.

« En Afrique, les parasites font l’objet de peu d’études dans le domaine des invasions biologiques. Notre étude contribue à pallier le manque de connaissances de base, nécessaires aux études d’impact. »

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