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Société telex

La place Fontainas, avec un « F », comme frontière, mais pas comme « femmes »

Christian Du Brulle

Bruxelles est souvent présentée comme une ville-mosaïque, tant la diversité de ses quartiers peut être considérable, même à courte distance. Mais qui dit mosaïque dit aussi une multitude d’interfaces qui peuvent être autant de points de tension.

L’un d’entre eux est la place Fontainas, qui fait la jonction des boulevards Anspach et Lemonnier, reliant les quartiers de la Bourse et de la Grand-Place à celui de la gare du Midi, dans le centre de la Ville.

Le sociologue Alexandre Donnen, membre de la Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre, l’égalité et la sexualité (Striges), et de l’Atelier Genre(s) et Sexualité(s), de l’Université libre de Bruxelles, s’est intéressé à ce lieu.

Située à la lisière du quartier dit « gay » et du quartier Anneessens, la place Fontainas a été le théâtre de multiples actes présumés homophobes, contribuant à la catégoriser, notamment médiatiquement, comme un espace dangereux, particulièrement pour les populations homosexuelles.

« Cette catégorisation, pour ne pas dire stigmatisation, porte sur un espace largement associé, dans l’imaginaire collectif, aux populations musulmanes, consolidant une imbrication entre cet espace, une population spécifique et certaines attitudes socialement dénoncées comme l’homophobie », indique le Brussels Science Institute, qui publie l’étude du sociologue dans sa revue scientifique électronique « Brussels Studies ».

La lecture de cet espace par le chercheur montre que la place est bien la limite d’un espace où l’hétérosexualité n’est plus la norme. La limite d’un quartier essentiel à la sociabilité et à la construction identitaire gay. Son étude montre aussi que la place Fontainas se confond avec une frontière d’ethnicité et de classe, séparant, d’une part, un espace occupé essentiellement, dans la rue du Marché au Charbon, par des populations occidentales et aisées et, d’autre part, un espace plus paupérisé, boulevard Lemonnier et au-delà.

Occupation masculine

Là où la lecture du chercheur se fait originale et incisive, c’est en présentant la rue du Marché au Charbon, la place Fontainas et le boulevard Maurice Lemonnier comme des espaces continuellement dominés par l’occupation masculine, ce qui invisibilise les femmes dans chacun de ces espaces. Cette absence féminine se comprend, d’une part, en relation à la perception d’un espace risqué dans lequel le danger est associé à une différence de genre, de classe et d’ethnicité et, d’autre part, à travers la dominance de la sociabilité gay masculine dans l’espace public.

Comme quoi, pour comprendre comment fonctionne la place Fontainas, mais aussi de nombreux autres espaces bruxellois, il faut distinguer le genre et la sexualité, trop souvent pensés ensemble, tout en n’oubliant pas de prendre en compte les dimensions ethniques et socio-économiques.

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