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À huit mois, les bébés se méfient déjà des serpents

Christian Du Brulle

La détection rapide d’une menace comme la présence d’un prédateur est indispensable à la survie d’une espèce. Les êtres humains n’échappent pas à cette règle. Des chercheurs de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) viennent d’observer que ce type de comportement était déjà présent chez des bébés. Certaines parties de leur cerveau réagissant immédiatement lorsque l’image d’un serpent leur était présentée.

« Les serpents ont été un des plus gros prédateurs des primates au cours de l’évolution », indiquent les chercheurs. « Le cerveau humain se serait donc développé de manière à détecter ces reptiles en priorité ».

Les chercheurs ont  montré à des bébés âgés de 7 à 10 mois des séries d’images d’animaux divers. Outre des serpents, il y avait également des chenilles, des grenouilles, mais aussi d’autres animaux (vaches, chiens, lapins, poissons…). En suivant par encéphalographie le fonctionnement de leur cerveau, Julie Bertels et Arnaud Destrebecqz, de l’Institut des neurosciences de l’ULB (UNI), ont pu détecter une réponse neuronale spécifique aux serpents, alors qu’on leur présentait une à une les images de différents animaux.

En un seul coup d’œil (les images étaient présentées au rythme de 6 par seconde), le cerveau des bébés détectait les serpents parmi les autres animaux. Ce mécanisme de détection ne nécessiterait donc ni expérience antérieure avec ces reptiles ni connaissance relative à la dangerosité potentielle de ces animaux.

En outre, la localisation cérébrale des réponses au niveau du cortex visuel appuie l’idée que ce mécanisme reposerait sur la détection des traits visuels caractéristiques des serpents, notamment leur forme enroulée.

« Nous avons montré que le fait de regarder les serpents génère des réponses neurales spécifiques dans le cerveau du nourrisson, qui sont d’une amplitude plus élevée que celles générées par les grenouilles ou les chenilles, en particulier dans la région occipitale du cerveau. », indiquent les scientifiques. « La dynamique temporelle de ces réponses neurales montre que les nourrissons accordent plus d’attention aux serpents qu’aux autres stimuli. Ces résultats démontrent donc que la vue d’un serpent suffit à générer une réponse sélective rapide et importante dans le cerveau du nourrisson ».

Ces résultats suggèrent donc l’existence d’une prédisposition phylogénétique à détecter les serpents sur base de leurs caractéristiques visuelles, qui pourrait favoriser le développement ultérieur de peurs liées à ces reptiles. « De manière plus générale, ils montrent que le cerveau humain a évolué de sorte à détecter rapidement des menaces récurrentes au cours de l’évolution ».

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